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ANNALES DU MUSÉE GUIMET

यो गृहायातम् अतिथिं यथाशक्त न पूजयेत् । दवा स दुष्कृतं तस्य पुण्यमादाय गच्छति[1]. Et, mettant le comble à ses dons, il fait présent à Râma d’un arc qui a appartenu à Vishṇu et qui est l’ouvrage de Viçvakarma. Il y ajoute des traits qui ne sont jamais lancés en vain, don de Brahmâ, des flèches qui se renouvellent incessamment, enfin une grande épée venant de Mahêndra. Puis, après quelques paroles sur la vertu de Sîtâ qui dément si héroïquement le caractère faible et même pervers des femmes en général, créatures qui vont et viennent fébrilement comme l’éclair et le vent[2], Agastya indique à Râma, qui lui demande ce renseignement, un endroit non loin de là où, en ermite, il pourra se bâtir un âçrama[3], pour se conformer à la parole paternelle selon toute sa teneur, यथोक्तम्[4]. Et Râma, après s’être prosterné avec ses compagnons aux pieds du grand muni, part pour la Pancavalî, arrosée par la Godâvarî.

En route, il est abordé par le grand vautour, mahan gridhro, Jatâyu qui, d’une voix affectueuse, se fait connaître à lui comme l’ami du roi Daçaratha[5]. Râma qui le savait, salue l’oiseau avec déférence et lui demande s’il se porte bien, kuçalânâmayam. Ensuite, il lui manifeste le désir d’entendre son histoire. Le meilleur des deux-fois-nés, द्विजश्रेष्ठो, satisfait à cette cu-

  1. Râm., III, 18, 35. L’hospitalité est en si haute estime chez les Indiens que Manu dit : Celui qui donne un refuge obtient la souveraineté, ऐश्वर्यमभय्प्रदः : (Mân., IV, 232). Plus encore que l’Évangile, le livre de Manu est prodigue de promesses matérielles, ce qui n’est pas peu dire. (Cf. Matth., XIX, 29, al.)
  2. Le brahmanisme fait dire à Manu que la femme a reçu en partage la concupiscence, la colère, les mauvais penchants, le désir de faire du mal et la perversité, (Mân., IX, 17, cf. II, 213 sq.) ; et le buddhisme, dans un Jataka que M. Feer a traduit, met dans la bouche du buddha une stance qui se termine par ces mots : Les femmes sont dignes de mort ; il n’y a point de vérité dans les femmes. — Cela est conforme aux mœurs védiques, suivant lesquelles c’était un malheur d’avoir des filles ; सखा ह जाया कृपणं ह दुहिता. (Aitar. Brâhmana, VII, 15). Mais comment jouir du bonheur d’avoir une femme, si avoir des filles est une misère ? C’est une question dont on ne se préoccupe pas. On ne demande aux dieux que des garçons. (V. R.-Veda, X, 85, 25, 41, 42, 45 ; Atharva-Veda, VI, 11). Pour n’avoir pas de filles on allait jusqu’à les exposer après leur naissance : तस्मातस्त᳙य जातां परास्यलि न पुमांसम्. (Kâth., XXVII, 9.) Toutefois il y a des tempéraments. Ainsi le brahmanisme dit que pour ceux dont la vie est pure, les sexes ne sont plus distincts. (Bhag. Pur., I, 4, 5 cf. Marc. XII, 25 ; Matth., XXII, 30) ; hommes et femmes sont comme des anges dans le ciel. Le buddhisme malgré son hostilité contre la femme, qu’il déteste parce qu’elle perpétue la misérable espèce humaine, l’admet à la vie spirituelle et au bonheur qui en découle, sauf qu’il lui ferme l’accès à la dignité de buddha.
  3. âçrama ἔρημος, ermite, sont connexes, radicalement.
  4. Râm., III, 19, 15.
  5. Ib., ib., 20, 1, sq.