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PRINCIPE.


propres à fournir les matériaux primitifs de l’art musical[1].

2.° Le fondement de tous les accords adoptés par l’oreille est dans la série naturelle des nombres etc. ; et cette série serait ainsi la base, naturelle de l’harmonie.

3.° Les, corps sonores rigides ne pourraient être employés dans la musique que par une sorte de tolérance, et dans le cas seulement où ce que leur résonnance individuelle renferme de contraire, à celle des corps flexibles, serait dominé et, neutralisé par l’influence, majeure du système de ces derniers ; et alors on pourrait dire, que l’oreille préoccupée du système de résonnance auquel elle se complaît exclusivement, et qui l’affecte habituellement, se ferait illusion sur des exceptions faibles qui rentreraient dans le système dominant. Les corps rigides ne joueraient plus alors qu’un rôle analogue, à celui des autres ; et l’on n’y distinguerait autre chose qu’une différence de timbre, qui, par son caractère particulier, apporterait une expression, nouvelle dans l’ensemble, et concourait à l’expression totale par cette variété de nuances.

4.° Si l’on construit des instrumens de musique avec des corps naturellement élastiques, on pourrait dire que l’oreille se prête volontiers à l’illusion qui lui fait prendre les sons qui en résultent, pour des sons individuels susceptibles d’être combinés tant en mélodie qu’en harmonie ; mais il n’est pas moins vrai que ces instrumens portent avec eux un caractère remarquable ; ils ont un genre d’expression mélancolique ou énergique qui agit avec force sur les nerfs, et devient même insupportable à beaucoup de personnes.

  1. Cette proposition acquiert un grand degré de vraisemblance ; 1.° si l’on admet, avec M. Villoteau, que c’est dans les sons naturels de la voix humaine qu’il faut chercher les élémens naturels et primitifs de la musique ; 2.° s’il est vrai, comme on serait porté à le croire, que les sons artificiels, les plus généralement agréables, soient ceux qui ont le plus d’analogie avec la voix humaine ; 3.° si l’on fait attention que l’organe vocal est un instrument mixte qui participe à la fois de la nature des tuyaux sonores et de celle des corps flexibles rendus élastiques par la tension : aussi voyons-nous que les sons de la voix humaine ne peuvent être imités avec succès que par des instrumens de l’une ou l’autre de ces deux espèces.