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de tel ou tel bienfaiteur, à l’insu de Jean-Jacques et, pour finir, elle suggère à DuPeyrou cette réponse aux accusateurs de Thérèse « Enthousiastes stupides ou hypocrites, n’appelez plus Rousseau votre maître, votre modèle, votre Dieu, ou suivez mieux ses leçons et son exemple. Il voulait que les fautes de ses ennemis ne fussent publiées que longtemps après leur mort : ne noircissez donc pas, pendant sa vie, une femme qui ne vous offensa jamais ! »

Mme de Charrière écrit à B. Constant, avec qui la correspondance a repris de plus belle : « On n’a plus trouvé de Thérèse Levasseur chez les libraires à Paris il y a déjà longtemps, et cependant il ne m’est pas revenu qu’on en ait beaucoup parlé. Les amis de Mme de Staël auraient-ils jeté au feu tout ce qu’on en avait envoyé ? Cette folie a fort amusé le petit nombre de lecteurs à qui j’ai pris la peine de l’envoyer, et à Neuchâtel elle a eu grande vogue. Elle ne coûtait qu’un batz à la vérité, ou deux tout au plus ». — Elle eut aussi l’approbation du fin lettré et du sincère ami qu’était M. de Satgas[1] ; mais il ne loua qu’avec de justes réserves :

Genève 18 décembre 1789. Thérèse Levasseur a trouvé un fort bon défenseur. Je ne sais si elle le mérite. L’on ne voit rien dans la dernière partie des Confessions qui autorise à le croire, et il est bien difficile de justifier la conduite qu’elle a tenue depuis la mort de son mari. Vous qui plaidez si bien les causes douteuses, ayez la bonté de me dire ce qu’il faut penser du différend qui s’est élevé entre M. DuPeyrou et MM. les libraires Barde et Manget. L’idée avantageuse que j’ai de M. DuPeyrou me fit voir avec peine

  1. Le baron de Salgas (de la maison de Narbonne-Pelet) vivait dans le Pays de Vaud, où sa famille s’était réfugiée à l’époque des Dragonnades. Il avait été gouverneur du due de Glocester, et le Roi Georges III le tenait en grande estime. C’était un homme fort instruit, d’un caractère simple et droit. Il fut de tout temps un des plus fidèles amis de M. et Mme de Charrière, et mourut en 1813.