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Lui ! Jean-Jacques ! Allez, madame, vous ne l’avez pas lu si vous ignorez combien non seulement les classes lui étaient indifférentes, mais combien surtout il honora davantage Mme de Warens que Mme de Pompadour ! Vous êtes jeune, Madame ; votre esprit peut mûrir, vous pouvez vous défaire de préjugés qui aussi bien ne sont plus à la mode ; vous pouvez devenir à la fois plus raisonnable et meilleure ; et déjà vous avez quelque bon fond, puisque vous aimez tant monsieur votre père. Lisez donc attentivement les ouvrages de M. Rousseau, et pleurez sur cette partie de votre livre qui regarde sa vieille Thérèse.

Barruel est expédié plus rapidement « C’est la mode, s’écrie Thérèse, de me donner des coups de patte : il a bien fallu qu’il fît comme les autres et s’il a donné un peu plus lourdement, il y a là-dedans plus de malheur que de malice ».

DuPeyrou lui-même a son tour, et Thérèse lui reproche doucement ses torts « Il en a eu moins que les autres, mais il n’en devait avoir aucun : je n’étais accoutumée qu’à ses bons procédés… » Son tort, c’est de n’avoir pas su défendre Thérèse à propos des profits que devait lui assurer la publication des œuvres de Rousseau : il aurait dû, dans sa lettre à Barruel, insister moins sur l’honneur que le grand écrivain avait fait à cette femme de lui donner son nom, et beaucoup plus sur les promesses qu’il lui avait réitérées de lui laisser de quoi vivre. Car enfin, ne l’a-t-elle pas servi pendant trente ans, « sinon avec une perfection de roman », du moins de son mieux ? « Ah bon Dieu, s’écrie Thérèse, que de femmes resteraient sans douaire, que de grands seigneurs sans pensions, s’il fallait, pour les obtenir, une conduite irréprochable et des services désintéressés ! »

Il y a aussi un fort joli morceau d’ironie sur les poulardes qu’on reprochait à Thérèse d’avoir acceptées