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femme aussi spirituelle que Mme de Charrière et de quels yeux elle lut la cruelle accusation formulée par Mme de Staël, — qu’elle ne pouvait souffrir ! Elle donna libre cours à son ironie dans un petit pamphlet, aujourd’hui à peu près introuvable, intitulé Plainte et défense de Thérèse Levasseur[1]. 1 Nous connaissons la date précise où il fut composé, par cette lettre de DuPeyrou, lequel, semble-t-il, avait d’abord désapprouvé l’idée de son amie :

4 décembre 1789. « Vous avez bien raison d’être opiniâtre ; cela nous a valu des rires délicieux et jusqu’aux larmes. En recevant hier votre paquet, j’en ai commencé la lecture à basse messe, mes deux cousines étant à travailler près de mon lit et babillant pendant que j’écrivais. Je ris, et je recommence tout haut ma lecture. Il n’y a qu’une voix pour l’impression ; je fais chercher Fauche, je lui propose le pamphlet, et sur parole il le prend, m’en promet une épreuve ce matin, que j’attends… Je me suis permis de mettre ma patte parmi vos jolis doigts et de changer mes bienfaits en bons procédés et le bienfaiteuren honnête et bon. Vous verrez cela, j’espère, dès demain, en beaux caractères d’impression. Fauche part demain pour Besançon et il emportera cela avec lui, mais je vous conseille d’envoyer un exemplaire ou deux à Paris pour ou à un libraire, afin qu’il le réimprime et le fasse courir dans la Capitale, où certainement il prendra. Il est temps qu’on y rie un peu, et le morceau me paraît fait pour cela. Il est très plaisant, piquant et moral.

Mme de Charrière tint à envoyer la brochure à Thérèse, car nous lisons dans une autre lettre de DuPeyrou « La véritable adresse de Thérèse Levasseur est au Plessis-Belleville, près Dammartin, par Soissons. » — Elle écrivait d’autre part à Chambrier d’Oleyres[2] :

  1. Plaquette de 12 pages, sans nom de lieu, d’auteur, ni d’imprimeur.
  2. Ministre de Prusse à Turin, qui était en correspondance suivie avec Mme de Charrière.