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Est-il besoin de rappeler que Voltaire avait poussé Hume à publier sa défense et signalé avec une perfidie sans pareille aux Médiateurs le moyen de « dégrader » Jean-Jacques en fouillant dans son passé ? Loin d’user de générosité envers son infortuné adversaire, Voltaire se targue de l’avoir trop ménagé jusqu’ici, l’accable de ses sarcasmes les plus sanglants, accole à son nom les épithètes les plus outrageantes.

Il écrit la Lettre à Hume, afin de prouver que Jean-Jacques était « le plus méchant coquin qui ait jamais deshonoré la littérature. » Peu de temps après paraissaient, sous le couvert de l’anonyme, les Notes sur la lettre de M. de Voltaire à Hume.

Puisqu’il est permis, conclut l’auteur de ce libelle, à un Diogène subalterne et manqué d’appeler « Jongleur » le premier médecin de Monseigneur le duc d’Orléans, un médecin qui a été son ami, qui l’a visité, traité, qui a été au rang de ses bienfaiteurs, il est permis à un ami de M. Tronchin de faire voir ce que c’est que le personnage qui ose l’insulter. On peut sur le fumier où il est couché et où il grince des dents contre le genre humain, lui jeter du pain s’il en a besoin ; mais il a fallu le faire connaître, et mettre ceux qui peuvent le nourrir à l’abri de ses morsures.

Voltaire désavoua cet « ignoble pamphlet », mais dans une lettre à Damilaville [1], il désigne l’auteur comme « un homme très au fait des événements, habitant Paris, intime ami de Tronchin », et laisse entendre que ce dernier a les preuves en main des menées de Jean-Jacques contre les Délices. Quelles étaient ces preuves ? Tronchin n’y fait aucune allusion dans sa correspondance et demeura étranger, est-il besoin de le dire, à la triste querelle dans laquelle Voltaire prétendait l’entraîner.

  1. Corresp. générale, 29 décembre 1766.