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Rousseau ne peut que nous être utile. Le mépris de sa personne rejaillira sur ses principes[1]. »

À Voltaire lui aussi, l’inconscience de Jean-Jacques paraît évidente :

Je tiens toujours, écrit-il au docteur, qu’il faut le montrer à Bartholomew fair pour un schilling, cela devient trop comique et la folie est trop forte pour qu’on s’en fâche. Il est très-physiquement mentis non compos et je parie ce qu’on voudra qu’il sera enfermé à Bedlam avant deux ans[2].

Et quelques jours plus tard :

Je ne le crois pas au fond un scélérat, je peux me tromper, mais il me semble que les vices de son âme ainsi que de ses écrits ne sont venus que d’un fond d’orgueil ridicule. L’envie de jouer un rôle a corrompu son cœur ; je le tiens à présent un des êtres les plus infortunés qui respirent. Vous êtes un des plus heureux et vous méritez de l’être[3].

Les sentiments de compassion dont se pare Voltaire ne l’empêchent point de décocher sur son vieil ennemi ses traits les plus mordants. C’est ainsi qu’il écrit à Tronchin, à propos de la brochure que Hume venait de faire paraître pour se justifier des accusations de Rousseau « Jean-Jacques doit être content, il est déclaré à la fois un coquin par M. Hume et un calomniateur infâme par tous les Médiateurs[4]. Son orgueil sera un peu embarrassé de faire une bonne sauce de ces deux plats[5]. »

  1. Maugras, Voltaire et. Rousseau. p. 328. De Villers-Cotterets, 21 août 1766.
  2. Mss. Tronchin, 3 septembre 1766. Inédit.
  3. Mss. Tronchin, 16 septembre 1766. Inédit.
  4. Dans le but de rétablir l’ordre et la paix entre les citoyens, les puissances garantes du Règlement de la médiation de 1738, c’est-à-dire la France et les cantons de Zurich et de Berne, avaient envoyé des ambassadeurs a Genève ; ceux-ci venaient de publier, le 25 juillet, une déclaration en faveur des magistrats, dans laquelle ils flétrissaient les « calomnies atroces » contenues dans les Lettres de la Montagne.
  5. Mss. Tronchin. 4 août 1766. Inédit.