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le poursuivront partout. Il me craint comme la colère de Dieu, c’est qu’il sait que je le connais, oui, il le sait.

Il nous connaît bien mal s’il croit que nous le poursuivons aussi[1].

En apprenant, quelques mois plus tard, la publicité que Jean-Jacques donne à sa rupture avec Hume, les accusations odieuses et extravagantes qu’il dirige contre son bienfaiteur, Tronchin mande de Paris à son cousin Jacob Tronchin :

L’aventure de Rousseau avec David Hume a fait ici un bruit prodigieux. Il n’y conserve pas un seul ami, Mesdames de Luxembourg, de Beauvau et de Boufflers, ses bonnes amies, l’ont abandonné. On n’en parle plus que comme d’un méchant coquin. Il n’y a qu’une voix là-dessus. Jamais homme n’a été coulé plus rapidement à fond. J’ai observé le plus grand sang-froid toutes les fois qu’on en a parlé. Ces trois femmes qui étaient hier soir ici, m’avouèrent qu’elles en avaient été étonnées. Voltaire perd aussi beaucoup. L’asile qu’il demande au roi de Prusse indigne les indifférents et fait pitié à ses amis[2].

Et il écrit à son fils :

On dirait à en juger par les procédés que Rousseau a eus vis-à-vis de David Hume, qu’il veut s’ensevelir sous les ruines de la plus noire ingratitude. Il lui fait un crime de l’amitié qu’il t’a témoignée, parce que tu es, dit-il, le fils de son plus cruel ennemi. Tous mes torts se réduisent pourtant à lui avoir reproché qu’il a exposé ses cinq enfants. Crois-tu que je doive en rougir ? Cet homme est un charlatan de vertu et je n’aime point les charlatans[3]

Tronchin, à partir de ce moment, ne met plus en doute l’irresponsabilité du malheureux philosophe. « Rousseau, s’écrie-t-il, serait le plus coquin des hommes, s’il n’était le plus fou. » Et à Charles Bonnet il écrit : « La manifestation de la folie et de la méchanceté de

  1. Mss. Tronchin. Lettre du 1er mai 1766, inédite.
  2. Mss. Tronchin. Lettre du 4 août 1766, inédite.
  3. Mss. Tronchin. Lettre du 8 août 1766, inédite.