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C’était d’ailleurs, entre Représentants et Négatifs, à qui soupçonnerait l’adversaire d’entretenir des intelligences avec l’étranger et c’est à la complaisance des Tronchin pour Voltaire, que la bourgeoisie attribuait en grande partie l’arrêt qui avait frappé Rousseau.

Voltaire comptait, il est vrai, un ami dans la personne du Conseiller François Tronchin, mais ses rapports avec le docteur ne laissaient pas d’être fort tendus. Quant à Jean-Robert, le Procureur général, il ne se départit jamais d’une prudente réserve à l’égard du philosophe de Ferney, dont il fit condamner en 1764 le Dictionnaire portatif.

C’est à Jean-Robert Tronchin que le gouvernement, chaque jour plus menacé depuis la condamnation des ouvrages de Rousseau, confia le soin de défendre ses droits, de justifier sa conduite. Le Procureur général s’en acquitta dans une brochure anonyme intitulée : Lettres écrite de la campagne[1]. Cette éloquente apologie de la Constitution parut calmer les esprits. « C’est peut-être, écrivait Grimm, le premier exemple de l’empire de la raison sur un peuple échauffé par des cabaleurs.[2] » Mais ce ne fut qu’une courte trêve, car Rousseau riposta aux Lettres de la campagne par ses fameuses Lettres de la montagne, qui mirent le feu aux quatre coins de Genève.

{{t|Je ne suis point surpris, écrit le docteur à Madame Necker, que vous n’ayez pas pu lire les lettres de l’incendiaire. Son ton inhumain n’est pas fait pour vous… Il a écrit pour les démons de Milton, qui, après avoir été chassés du ciel maudissaient les dieux. C’est un démon plus démon qu’eux[3]. »

  1. Les Lettres écrites de la campagne parurent à la fin de septembre 1763, la 5e dans les derniers jours d’octobre.
  2. Corresp. litt. 1er décembre 1763.
  3. Archives de Coppet. Lettre du 18 février 1765, inédite.