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seau avec Diderot. Ce dernier insiste auprès de Jean-Jacques pour qu’il soit du voyage. Avec son esprit inquiet, le philosophe croit aussitôt à une ligue formée contre son indépendance et sa dignité. Il refuse de paraître dans sa patrie « comme un valet aux gages d’une fermière générale. » Prêtant l’oreille aux propos d’antichambre de Thérèse, il accuse Madame d’Épinay de se rendre auprès de Tronchin pour cacher une grossesse, et diffame sa bienfaitrice auprès de Diderot.

Le docteur savait mieux que personne tout ce que Madame d’Épinay avait mis d’ingénieuse bonté et de délicatesse dans sa conduite envers Rousseau. Il ressentit toute l’indignation qu’une pareille ingratitude était de nature à lui inspirer. D’autre part, la sollicitude affectueuse dont Tronchin entoura sa malade dès son arrivée à Genève, l’intimité croissante qui s’établit entre eux, éveillèrent la défiance de Jean-Jacques.

Ils commencèrent ainsi sous mes auspices, écrit-il dans les Confessions, des liaisons qu’ils resserrèrent ensuite à mes dépens. Telle a toujours été ma destinée sitôt que j’ai rapproché l’un de l’autre deux amis que j’avais séparément, ils n’ont jamais manqué de s’unir contre moi.

Mais l’heure était encore lointaine où, se laissant aller, au déclin de l’âge, à une imagination que la raison ne domine plus, Rousseau comptera Tronchin au nombre de ses plus implacables ennemis.

Assurément, à partir du séjour de Madame d’Épinay à Genève, les relations entre le docteur et Jean-Jacques se relâchèrent elles demeurèrent toutefois empreintes, sinon de cordialité, du moins de courtoisie.

C’est ainsi qu’aussitôt la Lettre sur les spectacles parue, Rousseau s’empresse de l’envoyer à Tronchin,