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Je suis avec respect, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur[1].


Rousseau.

La requête que Jean-Jacques adressait à Tronchin en faveur de Madame d’Épinay fut exaucée deux mois plus tard. Au printemps de 1756, en effet, le docteur se rendait à Paris pour inoculer les enfants du duc d’Orléans. « À son arrivée, écrit Rousseau, il vint me voir avec le chevalier de Jaucourt. Madame d’Épinay souhaitait fort de le consulter en particulier, mais la presse n’était pas facile à percer. Elle eut recours à moi, j’engageai Tronchin à l’aller voir[2]. »

Madame d’Épinay et le docteur se lièrent très vite d’amitié. Tronchin devint à Paris, puis à la Chevrette, le visiteur le plus assidu de l’aimable femme dont il s’était constitué peu à peu le conducteur spirituel. Il eut ainsi l’occasion de rencontrer Rousseau installé au pavillon de l’Hermitage, que Madame d’Épinay lui avait fait aménager aux confins de son parc. Il s’établit entre le médecin et le philosophe la douce habitude d’une affectueuse familiarité. Tous deux, au cours de longues promenades, prenaient plaisir à s’entretenir des sujets qui les intéressaient et piquaient leur curiosité.

Ainsi se noue une amitié qui, durant quelques années, tiendra dans le cœur de Rousseau une si grande place. Car Jean-Jacques vénère Tronchin et lui accorde une confiance sans bornes. C’est ainsi qu’il écrit au docteur quatre mois après le retour de ce dernier à Genève :

Je m’instruis dans vos lettres à Madame d’Épinay ; tandis qu’elle combat vos maximes, je tâche d’en faire mon profit et ne réussis pas mieux faute de courage qu’elle faute de volonté. Encore y a-t-il

  1. Mss. Tronchin. De Paris, 22 décembre 1755, inédit.
  2. Confessions, livre VIII.