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prestige. Elle n’hésite pas, enfin, à le louer de son optimisme consolant ; elle lui sait gré d’avoir cru à l’âge d’or, qui n’est pas matériellement vrai, mais auquel nous avons besoin de croire, car il nous faut rêver la perfection pour y tendre : « Si c’est plus qu’on ne peut faire et obtenir, ce n’est pas plus qu’il ne faut vouloir et tenter. »

Elle met d’ailleurs à nu les défauts de Rousseau, qui lui-même s’est montré sans réserve, et aborde la question de l’abandon de ses enfants : on peut discerner dans son œuvre le remords qui l’a torturé, lorsque, ayant évoqué devant ses contemporains un haut idéal moral, il a senti « combien il l’avait peu réalisé lui-même. »

Chambrier jugeait assez sainement ce discours dans son journal « C’est peut-être son meilleur ouvrage ; mais il ne peut guère être couronné, parce qu’il n’est pas proprement fini. L’auteur y parle de ce qui lui vient dans l’idée à propos de Rousseau ; une pensée la mène à une autre ; mais malgré la justesse des pensées et la chaleur du style, c’est un ouvrage incomplet. »

Le discours de Mme de Charrière ne fut, en effet, pas couronné, et celui de Mme de Staël ne le fut pas davantage. S’il l’eût été, on concevrait mieux que Gaullieur et Ste-Beuve aient vu dans cette rivalité une cause de froideur et même de brouille entre ces deux femmes. Nous verrons qu’il n’y eut jamais brouille entre elles, mais que Mme de Charrière opposa à toutes les avances de Mme de Staël une antipathie irréductible ; le concours académique n’y était pour rien. Elle écrivait à d’Oleyres, à la fin de 1789, en lui renvoyant les Mémoires du