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écrivain, il est le jouet de sa propre imagination, et c’est là le secret de son prestige, de son pouvoir enchanteur. Il y a une page intéressante aussi sur le sens de l’harmonie, qui a exercé sur le génie de Rousseau une action insoupçonnée « J’ai cru toujours que l’oreille de Rousseau avait fait Rousseau ce qu’il a été. » Idée paradoxale, qu’elle développe adroitement. Certes, elle a raison de dire que si Rousseau fut un médiocre musicien, c’est grâce à lui pourtant que « la langue française, qu’il trouva si rebelle à la musique proprement dite, se montrera la plus propre de toutes les langues à cette autre musique, à la musique du style, dont les effets imprévus, innombrables, se sentent en même temps au cœur, à l’esprit, à l’oreille, et au pouvoir de laquelle il est impossible d’échapper. » — Voilà une pensée féconde, dont un Bernardin de St-Pierre, un Chateaubriand, allaient bientôt fournir l’illustration éclatante. — Mais ce qu’elle admire le plus en Rousseau, ce sont ses rêves ; Rousseau a appris aux hommes à rêver. Le constater, n’est-ce pas résumer d’un mot la révolution littéraire opérée par Jean-Jacques ? Elle montre en lui le grand rêveur. Il a introduit jusque dans la sociologie un charme inconnu de ses devanciers : « La voix de sirène manquait à l’abbé de St-Pierre. Ce n’est pas d’avoir rêvé, mais de ne nous avoir pas fait rêver avec lui, qu’il faut lui faire un reproche. Et c’est en cela seul qu’il a différé de Rousseau. Qu’es-tu donc, charme du style, charme puissant et indéfinissable !… »

Et la voilà célébrant la fraîcheur, la nouveauté du style de Jean-Jacques et cherchant le secret de son