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Je souhaite pour les lettres que Mme de Vassy ne soit jamais que la femme de la lettre, et tous ceux qui ont lu la lettre, et haïssent comme moi le précieux, l’entortillé, le sentimental déplacé, formeront le même vœu que moi. Vraiment, c’est une chose étrange que la peine qu’on prend pour cacher le sens que Dieu donne à la plupart des hommes et des femmes, sous des paroles qui ne signifient rien ! Le grand d’Espagne est bien honnête dans son jugement de moi[1] ; mais, en vérité, si j’ai quelque originalité, ce n’est, je pense, que celle de dire ce que je veux qu’on sache le plus clairement qu’il m’est possible. Je suis bien aise d’y avoir réussi à votre gré et au sien dans le dernier bourdonnement de la mouche. J’ai fort à cœur qu’il donne de M. DuPeyrou et de ses adversaires l’opinion que chacun d’eux mérite. (A d’Oleyres, 29 Janvier 1790).

Quant au bon public neuchâtelois, il considérait, semble-t-il, avec ahurissement l’activité fiévreuse de Mme de Charrière. D’Oleyres lui-même, qui avait une vie intellectuelle refusée à tant d’autres, écrivait à son parent Samuel de Chambrier :

Cette dame-là compose une incroyable quantité de pièces fugitives sur les affaires de France. C’est un torrent de fécondité (sic)… Elle imprime plus que jamais. Elle prend à partie les éditeurs des Confessions et défend M. DuPeyrou à outrance contre le marquis de Girardin et Moultou. Je fais lire ses brochures, qu’elle m’envoie dans leur primeur, au Marquis de Serent, gouverneur des fils du comte d’Artois, qui la connaît mieux que vous et moi et m’en a fait le portrait au naturel. Il fait un cas infini du mari… Je trouve dans l’air et même le tour d’esprit de M. de Serent des rapports marqués avec M. de Charrière (Décembre 1789 ; janvier 1790).

Le marquis de Serent[2], ayant lu une des brochures récentes (probablement la « plainte » de Thérèse), jugeait ainsi « ce petit écrit de notre amie, » à ce que rapporte d’Oleyres :

Son imagination est vive, ardente, et a une originalité qui n’appartient qu’à elle. Je ne sais si elle a un intérêt plus particulier

  1. Allusion aux louanges de quelque diplomate, transmises par d’Oleyres.
  2. M. et Mme de Charrière l’avaient rencontré à Spa.