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sinon qu’il rendait sa réponse plus saillante. « Quel des deux partis me conseillez-vous de prendre ? — Belle demande Celui que personne ne prendra. »

On sent, à lire cette jolie brochure, éloquente, variée, vigoureuse de pensée, que Mme de Charrière éprouvait pour Rousseau une sympathie sans doute avivée par les récits de DuPeyrou ; mais elle l’aimait sans aveuglement, avec un peu de compassion et une admiration plus vive pour son génie que pour son caractère.

Les Éclaircissements parurent dans les premiers jours de 1790 le 5 janvier, l’auteur les adresse à d’Oleyres en s’excusant de ne lui envoyer point un petit conte qu’elle lui avait promis :

La tracasserie faite à M. DuPeyrou est venue à la traverse. Je vous envoie la brochure qu’elle a produite, encore toute mouillée. On prétend qu’elle va m’attirer des ennemis ardents et de désagréables réponses. J’aimerais autant que non ; mais À la garde ! comme on dit à Neuchâtel[1]. Je n’ai pu me résoudre à me cacher mieux que je n’ai fait, et m’étant signée quelquefois la mouche du coche, l’épigraphe est presque une signature[2]. C’est donc par une sorte de pudeur, et non par poltronerie, que je n’ai pas mis mon nom en toutes lettres ; cependant, je ne suis pas absolument sûre qu’une réponse bien mordante ne me fasse rien. Je me flatte un peu qu’on n’osera pas, tant je me suis montrée courageuse et méchante. Cette fois, ne prenant pas le masque d’une Mlle Levasseur, j’ai écrit de mon mieux. M. DuPeyrou avait trop négligé style et diction dans ce qu’il avait dit en hâte au public.

Mme de Vassy, fille de M. de Girardin, publia aussi sur cette affaire une lettre[3] dont Mme de Charrière ne fut point émue :

  1. Expression courante à Neuchâtel : À la garde !… sous-entendu de Dieu. Mme de Charrière usait très volontiers des façons de parler de son pays d’adoption.
  2. Nous ignorons à quels opuscules elle peut bien faire allusion ici.
  3. Dans cette lettre, Mme de Vassy proteste contre l’affirmation de Mme de Staël que Rousseau s’était suicidé. Elle parut en 1789 a la suite d’une nouvelle édition de l’ouvrage de Mme de Staël.