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juger ; mais moi qui fais partie du public, je déclare que je n’ai point donné de mission à MM. Barde et Manget pour juger pour moi de ce qui m’est utile ou inutile ». Elle invite, en terminant, M. Moultou le fils à lever le masque, et même lui épargne ce soin, puisqu’elle le met librement en cause, et nomme en toutes lettres cet homme si prudent. Que Moultou écarte donc le voile, d’ailleurs transparent, qui le couvre :

Alors, content de lui-même, il cessera d’être injuste envers les autres ; il avouera franchement que c’était par humeur qu’il accusait M. DuPeyrou d’avoir suivi dans cette affaire les conseils de l’avarice ou de l’avidité. Il sait bien, M. Moultou, qu’il n’en est rien ; qu’au défaut qu’a M. DuPeyrou d’être riche (défaut, au reste, peu odieux sans doute, puisqu’on redoute si peu de l’avoir), il ne joint pas le défaut, le véritable défaut, de vouloir à tout prix devenir plus riche.

La fin de la brochure contient quelques particularités à retenir : Mme de Charrière nous apprend qu’elle rencontra à Plombières (1781) le baron d’Holbach, qui lui dit « beaucoup de mal de Rousseau » et alla jusqu’à affirmer que Rousseau s’était tué, sur quoi elle fait cette juste remarque que les faux amis, qui, comme d’Holbach, ont contribué à rendre Rousseau malheureux, « devraient chercher plutôt à se persuader qu’il ne le fut pas au point de se donner la mort. »

Quant à Diderot, ajoute-t-elle — et ceci est un autre souvenir intéressant, — je l’ai vu plusieurs fois à la Haye, chez M. le prince de Galitzin. Il ne pleurait pas quand je le questionnais sur Rousseau ; mais il prenait un air de Tartuffe, parlait de mauvais cœur, d’ingratitude, d’amis indignement trahis, et se taisait du reste, par discrétion, par humanité !…

Dans une note elle consigne cet autre renseignement : « La conversation sur l’Académie de Dijon me fut rapportée par Diderot comme elle l’est par Rousseau,