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aussi, une ère nouvelle. L’opinion se fait juge de toutes choses, et entend tout connaître pour tout juger :

Il me semble que nous allons vivre sous un régime moral moins lénitif et moins amphigourique que par le passé… On ne pourra plus, tout chargé de soupçons, marcher pourtant tête levée, parce que les soupçons ne se laisseront plus accumuler craintivement sans mot dire ; et d’un autre côté, le moindre mot positif de blâme ne tirera plus à une si grande conséquence, parce qu’on ne peut ni intenter chaque jour des procès, ni se battre sans cesse. M. le comte de Mirabeau a déjà montré, à ce qu’on dit, qu’il était de cet avis-là. Mille préjugés ont été détruits, quoi qu’on n’en voulût qu’à quelques-uns, et peut-être qu’il a été détruit plus que des préjugés.

Que résultera-t-il de ce changement des mœurs, si finement noté ? « Le vernis est tombé, dit-elle, mais ce qu’il couvrait s’amendera-t-il ou sera-t-il seulement plus hideux ? » Elle ne conclut pas « Ce qu’il y a de bien sûr, c’est que les temps, soit qu’on les trouve meilleurs ou pires, sont autres ». Elle prévoit, au surplus, que le public va devenir toujours plus indiffèrent aux lettres, et que, dans dix ans, on ne se mettra guère en peine de ce que fut Rousseau. Le fils de Moultou aurait donc été fondé à dire : « On me presse de publier les Confessions ; je cède ». Et DuPeyrou n’aurait eu qu’à y consentir, mais en s’opposant à toute mutilation du manuscrit.

Et ici, Mme de Charrière fait bonne justice de l’argument de Barde et Manget, qui prétendaient n’avoir retranché de leur édition que « des injures grossières, plates et basses, aussi peu glorieuses à leur bilieux auteur qu’inutiles au public ». — « Il serait trop singulier, s’écrie-t-elle, que Rousseau eût été plat et grossier à point nommé, quand il convenait à ces messieurs de le trouver tel. Rousseau est mort, il se laisse