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sent rien, n’en souffrissent en rien ? Qu’on remarque, dans ses Confessions, certains tableaux plaisants, où pas un mot n’est hors de sa place, où le son même des mots concourt avec le sens pour égayer le lecteur ; et qu’on se demande si Rousseau n’était pas pressé de leur faire produire cet effet. »

Nous devons à cette brochure, à côté de fins aperçus, bien des renseignements de détail. L’auteur note en passant ce fait, très honorable pour son ami, que « la maison de M. DuPeyrou était le rendez-vous de ceux qui s’occupèrent de Rousseau après sa mort ». Elle nous conte que le prince Henri de Prusse, lors de son passage à Neuchàtel (1784), demanda à DuPeyrou de lui montrer la suite des Confessions, et que celui-ci osa refuser, n’ayant pas reçu la permission expresse de Moultou, de qui il tenait sa copie. DuPeyrou considérait le dépôt comme inviolable, et Moultou en pensait autant. Or voici qu’on annonce à Genève ce livre tenu secret si soigneusement ! On conçoit la stupeur de DuPeyrou. Qui donc avait trahi la volonté de Jean-Jacques ? Qui avait livré le manuscrit aux libraires ? DuPeyrou, sentant que le soupçon d’indélicatesse pouvait s’égarer sur lui, protesta par précaution : « Il eut peur, dit Mme de Charrière, d’être soupçonné d’une partie de ce qu’il n’aurait pu pardonner à d’autres : cette fois, M. DuPeyrou, que Rousseau trouvait froid et flegmatique, ne l’était peut-être guère plus que Rousseau en pareille occasion ne l’eût été. »

Sur ce trait pénétrant et qui porte, elle constate l’esprit nouveau d’un temps qui ne respecte plus aucun voile. Elle remarque — et ceci est d’une certaine portée — que la révolution semble inaugurer, à cet égard