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ce modeste de n’avoir pas assez compté sur sa réputation d’honnête homme. Il s’est donné, en cherchant à prévenir les soupçons du public, une peine superflue, et ses précautions lui ont attiré des reproches fâcheux. Cette critique adressée à son ami est habile, elle nous prédispose à croire ce qui suit. L’auteur nous raconte que si, à un moment donné, Rousseau se défia de DuPeyrou ; que s’il a, sous cette impression, tracé de lui dans ses mémoires le portrait dédaigneux et froid qu’on connaît (et que Moultou avait eu soin de rendre public), sa défiance n’alla pourtant pas jusqu’à redemander à son ami de Neuchâtel les papiers si précieux qu’il lui avait confiés. Mieux encore, Mme de Charrière révèle un fait qu’alors on ignorait à savoir que Moultou lui-même avait un jour perdu la confiance de Rousseau, et qu’elle tient le fait de Moultou, qui était venu la voir à Colombier, lors de ses entrevues avec DuPeyrou. Ce passage des Éclaircissements mérite d’être cité :

M. Moultou m’a lui-même raconté les soupçons que Rousseau avait pris contre lui, et la scène de raccommodement qu’il y eut entr’eux. Rousseau le dispensa de se justifier, et ils pleurèrent sans que rien eût été éclairci. Je trouvai cela encore plus commode que dramatique, et j’écoutai M. Moultou avec un embarras dont il s’aperçut… Si l’on me demande : Qui êtes-vous pour qu’on vous croie ? je réponds que, si je ne me nomme pas, je me fais suffisamment deviner, et que ceux qui me devineront ne pourront pas s’empêcher de me croire.

Plus loin, elle discute avec gaîté la défense de Rousseau de publier ses Confessions avant le fin du siècle, et insinue que le grand écrivain ne serait peut-être pas bien fâché de voir ses prescriptions méconnues « Rousseau pouvait-il désirer bien vivement que ceux qu’il accusait d’avoir fait le malheur de sa vie, n’en appris-