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Page:Andre Suares Voyage du Condottiere Vers Venise, 1910.djvu/89

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voyage du condottière

ques, arcs, colonnes et pilastres. Un péristyle corinthien fait face à un péristyle dorique, si l’on peut laisser ce nom divin, que porte le Parthénon, à d’indigentes colonnes, au profil maigre et sec de mornes chapiteaux. Des piliers carrés soulèvent un étage de fenêtres : mais de maison, point. Partout, des coupoles, des frontons, et ces hideuses accolades que le Florentin Alberti légua si fâcheusement aux Italiens, pour relier les divers plans d’une façade. La Chartreuse de Pavie est bien l’église où mène la grand’rue de Bramante. Sans doute, Bramante n’y est pour rien ; mais son esprit plane sur cette œuvre théâtrale. Car enfin le mot est dit : on n’est point dans une ville, ni dans la vie chaude, comme au moyen-âge : désormais, l’architecture s’est plantée sur le théâtre.

La grande beauté surprend ; mais elle nous contente.

La beauté des traits seuls ne me touche point : elle est sotte ; elle est bête, et souvent même sans bonhomie. C’est le caractère qui fait la beauté. Du moins, pour nous. En d’autres termes, c’est l’expression de la vie.

De là, que tant de beautés vantées, dans la nature et dans l’art, nous ennuient. On les appelle classiques, pour ne pas dire qu’elles sont mortes. J’entends rire les Grecs de ce classique-là.

Ce qui ne m’émeut point, ou ne fait pas penser, m’ennuie.

Je n’ai point encore vu en Italie une femme vraiment séduisante, je dis une Italienne. Beaucoup de beautés bêtes, ou très charnelles : pas une qui induise en passion. Pas une femme longue, souple, aux seins menus, au teint de fleur, aux cheveux d’herbe solaire et d’or changeant. Une foule de dahlias et de fortes roses rouges : pas un narcisse, pas un grand iris féminin,