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Page:Andre Suares Voyage du Condottiere Vers Venise, 1910.djvu/65

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voyage du condottière

mains, l’une sur l’autre posées, sont allongées avec douceur, formant un beau triangle dont la pointe est au giron. Comme des ailes, les manches et les brassards sont gonflés d’un souffle.

Le col est nu. Sur la poitrine, le collier de Saint-Michel est une dentelle d’honneur souverain et de chevalerie. Et la belle tête repose sur un double coussin de marbre, brodé d’une guipure charmante. Que cette tête est pure, pâle, fière, mélancolique et calme ! Elle est longue comme la fleur héraldique. Le grand nez tourne court à la pointe et reste comme un roc abrupt, comme un cap au milieu du visage. La bouche est d’un enfant, mais dans un monde où l’enfant a la force des dieux : sincère, et chaste, et naïve. La lèvre supérieure en cerise avance un peu sur l’autre : bouche admirable, si grave, et qui dut être rieuse aussi. Le menton puissant fait une saillie vaillante, une borne ronde à l’ovale. Pour moi, je crois voir Saint Louis à vingt ans.

L’œuvre d’art est accomplie, quand, au bonheur que la beauté donne, de prime abord, ne manque pas non plus le rêve qu’elle propose, le poème qu’elle inspire au passant et à l’artiste.