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Page:Andre Suares Voyage du Condottiere Vers Venise, 1910.djvu/223

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XXXI

LUMIÈRE AU CŒUR DE LA GEMME



Sous la pluie de novembre, ou par le soleil enragé d’août, l’atroce Ravenne est toujours admirable ; et je ne sais plus si j’en préfère le marais silent, ou si l’ardente fièvre m’en séduit davantage. Dans la mélancolie d’automne et dans le four de la canicule, c’est la même reine à l’agonie, que le rêve dévore ; et tantôt, se souvenant qu’elle fut courtisane, Théodora s’abandonne aux songes de la volupté, insatiable en ses recherches, et avide des plus rares autant que dégoûtée ; tantôt, prise de tremblement, gagnée par la terreur à l’amour la moins trompeuse, celle qui ne se contente pas, l’impératrice de la luxure s’enfonce dans les rêveries de la mort, hésitant entre les chers supplices de la damnation et les visions du purgatoire. Ravenne en été est la chambre des pierreries qui mène à l’enfer. Et sous la paupière de l’automne, Ravenne est l’église violette où le péché fait pénitence, où la chair pécheresse cherche les délices de l’expiation, et n’ayant pas encore lavé les parfums de ses crimes, les mêle à l’encens d’une perverse contrition.