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Page:Andre Suares Voyage du Condottiere Vers Venise, 1910.djvu/217

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voyage du condottière

tantôt elles sucrent le café qui reste, tantôt elles ajoutent du café à un reste de sucre.

Au bout d’une corde, les paniers descendent des fenêtres, chaque étage a le sien ; et le marchand qui passe, à chaque corbillon, confie le pain, ou le lait, ou le journal du matin. Que toutes ces femmes ont encore de douceur pour l’homme ! Qu’on est loin des idoles cruelles que les Peaux Rouges envoient depuis peu à l’Europe, et dont le rire impudent défie, nuit et jour, la lune sur la place Saint-Marc. Seule parfois, la jalousie jette son ombre verte sur ces visages fins, aux traits affables. Je m’assure que l’envie est la plus âpre passion des Vénitiennes.

Et souvent, amarrée aux dalles d’une rive, plus usées et plus lisses qu’une semelle de marbre, la barque au soleil est un berceau de mélancolie. Les gros coussins de la gondole gardent les formes de la jeune femme qui visite, à deux pas, un palais ou une église. Le bois noir luit d’une chaleur vivante ; et les mains de cuivre font un signe secret, que le miroir du canal interprète d’un sourire, et, mystérieux, comprend.

Peu de peinture, selon mon goût, à Venise. Pourtant, la ville en est couverte : cent lieues carrées de toile peinte, de Chioggia à Murano, ou mille, ou dix mille, que sais-je ?

Le grand Titien, qui passe de si loin tous les autres peintres du pays, n’y a point ses plus belles œuvres, ni pas une même que l’on puisse comparer à la jeune Vénus de la Tribune, ou à la Belle du Louvre, ou à la merveille de Naples, le pape Farnèse et ses neveux. Carpaccio est charmant ; et le Giorgion du palais Giovanelli, plein de poésie, est une œuvre délicieuse aux yeux, comme il sied que soit, d’abord, une peinture. Aux docteurs allemands, de goûter les tableaux et les statues, premièrement, sur