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HEURES SUR L’EAU


De canal en canal, à Venise.



J e languis après Venise. J’en voudrais sortir, quand j’y suis. Et quand je n’y suis plus, je brûle d’y être. Venise est dangereuse. Venise est enchanteresse. Avec les barques de Chioggia, aux voiles immenses, d’azur, de soufre et de pourpre, plus bleues, plus rouges, plus triomphantes que les galères pavoisées, au retour de Don Juan, après la victoire de Lépante, je suis rentré par le vent du Sud, qui a le souffle ardent de la nostalgie.

Je touche à la Piazzetta. Les lions rient sur les colonnes, avec leurs moustaches de la Chine. Ils sont si bien du Levant, et peut-être de Ninive, qu’ils se donnent l’air d’être nés au fond de l’Extrême Asie, dans le Fo-Kien ou l’un des Kiangs.

Venise est pleine de lions en pierre, et de chats paisiblement as-