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Page:Andre Suares Voyage du Condottiere Vers Venise, 1910.djvu/117

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xviii

MISERA PLEBS


À Mantoue, en temps de grève.



Quelle ville pour la guerre et les sièges ! pour les pestes qui suivent les assauts, et les blocus où l’on meurt de faim au fond des caves !

Aujourd’hui, la paix a ses victimes. Le paysan et l’ouvrier agricole font, sur ces terres inondées, une classe de prolétaires, parmi les plus misérables de l’Europe. Ils l’ignoraient, hier ; ils ne l’ignorent plus ; ils ont cessé de se résigner : ils sont sortis de geôle. La grande propriété règne absolument sur le pays : elle condamne à mort, elle bloque l’ouvrier de la terre : elle l’enferme dans les prisons de la famine et de la fièvre. Les paysans ne sont plus que des ouvriers, serfs de la glèbe. Ils ne possèdent rien, et la tenure les tient à la gorge.

Ce pauvre peuple ! Des plus durs à la peine et des plus mal menés qu’il y ait au monde. Ces paysans défrichent dans les marais, ils bêchent dans l’eau ; terrassiers d’un sol inondé qu’ils