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Page:Andre Suares Voyage du Condottiere Vers Venise, 1910.djvu/111

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xvii

LA COUPABLE MANTOUE




Tout était mort, ce matin-là, dans la coupable ville. Mais le cadavre de Mantoue avait de longs frémissements ; et deux heures après midi, il se mit à grouiller avec violence.

C’était un jour de grève, par une chaleur accablante. Et tantôt Mantoue gardait le silence du désert ; tantôt elle retentissait d’une foule criante. Ville qui pourrit, et qui pue la mort ; mais bien plus encore le péché, sinon le crime. Elle a l’odeur de la mauvaise conscience. J’y ai vu le soleil d’aplomb et la pluie de midi, puis le soir sanglant. Ainsi, le ciel fut à l’image des passions, dans cette cité souffrante. On arrive sur les marais. On est pris dans le marais ; et l’on sent partout le marécage. La poussière même est fangeuse. Le pavé bave. On croit, en frappant fort du pied, que le pas doit s’enfoncer dans la vase. Et quand le soleil a dardé plus d’une heure, toute la boue se dessèche en poudre implacable. Il pleut de la poussière, comme il a plu, d’abord, de l’eau.

Ennui et cruauté, c’est l’air de Mantoue. Ce visage morose, comme celui de qui a son secret et ne veut pas qu’on l’épie, porte