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mêmes, probablement, deux Slaves hellénisés de Thessalonique. Ce slavon ecclésiastique, écrit par les deux frères pour les Slaves de la Grande-Moravie, était, depuis un siècle environ, la langue liturgique des voisins des Russes, les Bulgares, à cette époque le plus redouté et le plus cultivé des peuples slaves. Il leur avait été apporté, avec le christianisme, par les disciples mêmes de Cyrille et de Méthode, lors de l’écroulement de l’Église de Moravie sous l’invasion magyare.

L’empire bulgare, qui s’étendait jusqu’aux portes de Constantinople, servait d’intermédiaire entre la civilisation byzantine et les Slaves serbes ou russes. La littérature religieuse, alors presque partout la seule, y était déjà en honneur et s’alimentait de traductions du grec. Lorsque les missionnaires byzantins du dixième et du onzième siècle voulurent apporter leurs livres aux Russes, ils se servirent naturellement des versions slavonnes en usage parmi les Slaves des Balkans. Longtemps après, la Bulgarie, alors la sœur aînée de la Russie, était encore le principal foyer des lettres slaves orthodoxes. Elle avait succombé sous le cimeterre turc, que sa littérature religieuse continuait à défrayer celle de la Russie[1].

Le slavon d’Église, encore en usage chez tous les Slaves orthodoxes ou grecs-unis, n’est point le père des langues slaves, comme le latin est le père des langues latines. Apparenté surtout au vieux slovène et au vieux bulgare, il n’est qu’une forme ancienne des dialectes de la grande Slavie danubienne, avant que l’irruption des Hongrois l’eût brisée en morceaux en coupant les tribus slaves en peuples isolés. Plus ou moins corrompu par l’ignorance des copistes, le slavon ecclésiastique a subi, en chaque contrée, l’influence de l’idiome local[2]. Demeuré, jusqu’à

  1. Voyez l’Histoire des littératures slaves de M. Pypine et la Bulgarie de M. L. Léger.
  2. On distingue ainsi, dans les manuscrits slavons, trois formes on rédactions principales : la bulgare, la plus ancienne, la serbe et la russe.