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décoré du titre d’exarque, cet exarchat n’a guère de géorgien que le nom. L’exarque est Russe, et, dans sa cathédrale de Tiflis, l’office est, comme en Russie, célébré en slavon. Au grand regret des patriotes, le géorgien ne règne plus que dans quelques couvents et quelques paroisses des campagnes.

Les annexions de l’Église russe trouvent leur contrepartie dans le démembrement progressif de l’Église de Constantinople. Le schisme bulgare, qui depuis 1873 a tant embarrassé la diplomatie russe, est un exemple de ces tendances séparatistes. Jusqu’alors les peuples chrétiens de Turquie avaient attendu leur émancipation politique pour signifier au patriarche de Constantinople leur indépendance religieuse ; les Bulgares ont suivi une route inverse. En attendant de pouvoir former une nation, ils réclamèrent de la Porte et du patriarcat la constitution d’une Église bulgare autonome. Le Phanar, qui, sous le couvert de la domination turque, avait rétabli l’hégémonie hellénique jusqu’au Danube et à la Save, devait repousser de toutes ses forces une prétention qui annulait d’un coup ses efforts séculaires. Il ne pouvait se résigner à voir renaître, sous une forme plus menaçante, l’ancienne métropolie bulgare dont ses prélats s’étaient appliqués à faire disparaître le souvenir, substituant partout dans l’Église le grec au slavon et brûlant systématiquement les missels bulgares. L’opposition du patriarcat était d’autant plus vive qu’il était moins aisé de délimiter la nouvelle circonscription ecclésiastique. Fixer les bornes réciproques de la jeune Église bulgare et de la vieille Église grecque, c’était déterminer les frontières des deux nationalités, arrêter d’avance la part des Slaves et des Hellènes dans l’héritage des Ottomans. Plutôt que de consentir à un tel partage, le Phanar, mettant ses armes spirituelles au service de l’intérêt national hellénique, préféra rompre avec ses ouailles bulgares et excommunier les Slaves en révolte.

Le patriarcat et le synode de Constantinople maintinrent