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Page:Anatole Leroy-Beaulieu - Empire des Tsars, tome 3, Hachette, 1889.djvu/83

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privée d’un des principaux avantages de la foi. — « S’il s’élevait aujourd’hui un différend sur des matières purement théologiques, comme par exemple les deux questions qui ont divisé la France aux deux derniers siècles, le jansénisme et le quiétisme, à quel tribunal de l’Église grecque en demanderait-on la décision ? » Ainsi s’exprimait une femme d’une nature élevée, qui, pour avoir plus tard abandonné l’Église nationale, n’en était pas moins Russe par les grâces de son esprit comme par les traits de son visage[1]. « L’Écriture, ajoutait Mme Swetchine, les conciles œcuméniques, les Saints Pères ne peuvent avoir prévu ou suffisamment développé tous les points qui, par la suite des temps, pouvaient être contestés. » De semblables réflexions conduisent au pied de la chaire romaine. Pour de pareilles âmes, l’infaillibilité pontificale est un aimant. De ces affamés d'autorité, il s’en trouve, en tout cas, notablement moins dans l’empire autocratique que dans la libre Angleterre. Les Russes aiment à conserver la liberté de leur foi alors même qu’ils en usent peu. Leur clergé même a peu de souci des problèmes théologiques qui ont agité l’Occident. Leurs prêtres se plaisent à dire qu’ils se contentent de la foi des Pères ; et, pour toutes les questions, ils renvoient aux Pères. Une des choses qu’ils reprochent le plus à Rome, c’est ce qu’ils appellent sa passion de tout définir et de tout réglementer. « Nous croyons, disait un ecclésiastique russe à un docteur d’Oxford qui, de même que Mme Swetchine, devait chercher le repos à l’abri de l’autorité papale, nous croyons qu’il y a beaucoup de choses que l’Église doit confesser ne pas savoir, parce qu’elles n’ont pas été révélées et qu’en pareille matière il faut mettre une limite aux définitions[2]. »

  1. Mme Swetchine : fragments de son journal avant sa conversion. Voy. M. de Falloux : Mme Swetchine, t. I, p. 122.
  2. Palmer : Notes of a visit to the Russian Church. Ces Notes posthumes, écrites vers 1840 ; n’ont été publiées qu’en 1882 par les soins du cardinal Newman.