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Page:Anatole Leroy-Beaulieu - Empire des Tsars, tome 3, Hachette, 1889.djvu/665

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CHAPITRE IV


Conclusion. — L’unité de religion et l’unité morale de l’État. — Nécessité de la liberté religieuse pour un grand empire. Comment c’est la seule liberté qui se puisse décréter. — Pourquoi il n’est pas sûr que, en Russie, la liberté religieuse précède la liberté politique.


Nous voici au terme de celle longue enquête sur l’état moral et religieux du vaste empire. Il est temps de conclure ; mais est-ce bien nécessaire ? La conclusion sort elle-même des faits. Faut-il nous poser, pour les institutions religieuses de la Russie, la même question que pour ses institutions politiques[1] ? Est-ce la peine de nous demander si, près de deux siècles après Pierre le Grand, la Russie est vraiment un État européen, un État moderne ? La réponse n’est pas douteuse. En religion, non moins qu’en politique, la Russie se montre un État d’ancien régime. Elle l’est par ses mœurs, elle l’est par ses lois. Le principe de la liberté de conscience, accepté par tous les États civilisés, n’est pas encore reçu chez elle. A cet égard, nous la retrouvons, cette grande Russie, au-dessous de tous les États de l’Europe ou de l’Amérique, infériorité d’autant plus regrettable que la liberté religieuse est peut-être le signe le plus sûr du développement intellectuel d’un peuple. Elle en est, en religion, tout comme en politique, aux vieilles maximes, aux vieux procédés, à l’ingérence de l’État dans les consciences, à la contrainte légale. Il serait injuste de dire qu’elle en est toujours au moyen âge ; mais, comparée à autrui, elle est toujours en arrière ;

  1. Voyez tome II, livre VI, chap. iii.