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Page:Anatole Leroy-Beaulieu - Empire des Tsars, tome 3, Hachette, 1889.djvu/660

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Alexandre III, en 1886, l’appréhension d’être contraints au service provoqua chez une tribu du Caucase, les Tchétchènes, une émotion qui faillit dégénérer en insurrection. Le gouvernement avait exigé de ces montagnards la liste de leurs familles ; la plupart des aouls la refusèrent, craignant de fournir des listes de recrutement. Parmi les récalcitrants, les uns proposaient de se transporter en masse chez les Turcs, d’autres annonçaient déjà la prochaine apparition, sur le plateau de la Tchetchnia, d’un iman qui devait se mettre à la tête des vrais croyants. Pour venir à bout du crédule entêtement des Tchétchènes, il fallut une expédition de dix bataillons dans les gorges du Caucase.

Si bien assise que soit la domination russe des deux côtés de la Caspienne, il y a donc quelque exagération à dire que l’assimilation des indigènes musulmans est faite. Ce qui est vrai, c’est que le tsar n’a rien à redouter de ses sujets mahométans, même en cas de conflit avec le khalife. On l’a bien vu par la dernière guerre d’Orient. Les mosquées appelaient les bénédictions d’Allah sur les armes orthodoxes, et de nombreux irréguliers musulmans combattaient, à côté des Cosaques, contre leurs anciens compatriotes Icherkesses émigrés en Turquie. Pour ébranler la fidélité des musulmans du Caucase, il faudrait que le Croissant reparût en vainqueur sur leurs montagnes. La Russie est sûre d’eux tant qu’ils croiront en sa force.

Il en est de même, sur l’autre rive de la Caspienne, des Turkmènes conquis par le railway d’Annenkof plus encore que par l’épée de Skobélef. Le Tekké de Merv semble prêt à porter les armes, au sud de l’Asie, pour ses nouveaux maîtres. Le vainqueur a eu l’art de s’attacher les vaincus en leur faisant une place dans ses rangs. Les anciens chefs des Tekkés, revêtus d’élégants uniformes russes, ont reçu des grades dans l’armée impériale ; plusieurs ont sous leurs ordres des chrétiens, aussi bien que des musulmans. Ali-khan, devenu le colonel Alikhanof, est le chef d’un district étendu ; il commande à ces Russes