Ouvrir le menu principal

Page:Anatole Leroy-Beaulieu - Empire des Tsars, tome 3, Hachette, 1889.djvu/643

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


oublier que de pareilles restrictions sont plus vexatoires pour un Juif qu’elles ne le seraient pour tout autre ; car, d*après la loi russe, lui refuser un diplôme universitaire, c’est lui refuser le droit de libre habitation dans les capitales et dans l’empire.

Toute celle législation spéciale va, manifestement, à l’encontre de son but. Elle tend à fomenter chez les Juifs les défauts qu’on est le mieux fondé à leur reprocher. Elle travaille à les rejeter sur eux-mêmes, à les isoler des autres races, à en faire un peuple à part au milieu de la nation. Quelles sont les accusations le plus souvent et le plus justement lancées contre les Juifs ? Elles se ramènent à deux chefs principaux, l’un national, l’autre économique. On reproche aux Juifs leur exclusivisme, leur penchant à se tenir séparés des peuples au milieu desquels ils habitent, à former, à travers les âges et les diverses civilisations, une tribu ayant ses coutumes, ses lois, ses intérêts propres.

Le reproche peut être souvent mérité, au moins pour les Juifs d’Orient : mais les barrières légales élevées entre eux et les chrétiens, les efforts pour les cantonner en certaines provinces, en certains métiers, en certaines écoles, les règlements pour les éloigner de la haute culture, tout cela ne semble-l-il pas imaginé pour les maintenir dans leur isolement et les enfoncer dans leurs préjugés talmudiques, pour alimenter leurs rancunes contre les Goïm, et ne leur laisser d’autre sentiment national que celui du Juif, d’autre patrie qu’Israël, ou leur kahal ?

On leur fait un crime de leur solidarité, de leur tendance à se former en corporation sous l’autorité de leurs chefs ou de leur kahal, clandestinement restauré pour l’exploitation des chrétiens. On oublie que cette organisation corporative, on la leur a imposée durant des siècles ; qu’elle était de règle partout avant la Révolution ; qu’elle a été rendue plus étroite par les persécutions ou le mauvais