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Page:Anatole Leroy-Beaulieu - Empire des Tsars, tome 3, Hachette, 1889.djvu/599

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mode de Pétersbourg, un synode d’évêques et d’archimandrites désignés par le tsar, et, près de ce synode, un procureur laïque dont l’ingérence dans les affaires religieuses agrée peu au clergé. Il s’en plaint tout bas en Russie, tout haut en dehors ; mais il est trop politique pour entrer en conflit avec la puissance russe. Sous Alexandre III, les arméniens ont eu un grief de plus contre la bureaucratie impériale. Ils possédaient des centaines d’écoles paroissiales, fondées par des particuliers et administrées par leur clergé. Ces écoles, on en a retiré la direction au catholicos. C’est là une de ces mesures de centralisation et de russification que le gouvernement applique d’un bout de l’empire à l’autre. L’État autocratique n’est pas de ceux où une Église puisse avoir des écoles autonomes. Les arméniens se plaignent de voir remplacer, dans ces fondations de leurs pères, l’arménien par le russe. Ils craignent que le gouvernement ne veuille réduire l’arménien à n’être qu’une langue liturgique.

On a quelquefois, à Pétersbourg, montré des velléités de réunir l’Église arménienne à l’Église dominante, pour ne laisser subsister entre elles que des différences de rite. Comme Rome, l’orthodoxie russe aurait ses arméniens-unis. De tels projets se heurteraient aux défiances des Haïkanes ; ils craindraient de compromettre leur nationalité en même temps que leur autonomie ecclésiastique. La communion avec le Saint-Synode de Pétersbourg ne leur semblerait qu’un premier pas dans la voie de l’absorption. « L’union avec l’orthodoxie russe, me disait un de leurs évêques, serait la préface de la russification. Pour savoir ce qui nous attendrait, nous n’avons qu’à regarder nos voisins géorgiens. Leur Église est, de plusieurs siècles, l’aînée de l’Église russe ; au géorgien l’on n’en a pas moins, presque partout, substitué le slavon. »


Chez les protestants aussi, la religion n’est pas toujours seule en jeu. Le protestantisme a longtemps été la plus