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Page:Anatole Leroy-Beaulieu - Empire des Tsars, tome 3, Hachette, 1889.djvu/576

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ces réformés russes la loi et l’administration refusent toute liberté. Le clergé, qui, en poursuivant l’hérésie, défend ses revenus, réclame pour les néophytes de la stunda les sévérités de la police et les rigueurs de la loi. En 1884, par exemple, un paysan stundiste, du nom de Strigoun, était traduit devant la cour d’assises d’Odessa pour avoir osé dire que les ikones ne sont que des idoles. Conformément au code de procédure criminelle, ces affaires religieuses sont jugées à huis clos et le jury ne peut être composé que d’orthodoxes. Les jurés avaient beau lui accorder des circonstances atténuantes, Strigoun était condamné à trois ans et neuf mois de réclusion. Des procès de ce genre reviennent chaque année devant la cour d’assises ou la justice de paix. Là où le stundiste et le molokane ne sont pas poursuivis devant les tribunaux, ils sont abandonnés aux sévérités administratives, qui sont plus sûres et font moins de bruit. Si le vieux raskol a, par deux siècles de souffrances, conquis une liberté relative, les sectes récentes, celles même dont les doctrines semblent le moins faites pour provoquer les rigueurs de la loi, restent en butte à des persécutions. Le crime d’hérésie ou d’apostasie demeure inscrit dans le code, et le langage du laïque procureur du Saint-Synode est peu fait pour inculquer au clergé ou à la police l’esprit de tolérance.

Veut-on mesurer ce qui manque encore à l’émancipation des dissidents, on n’a qu’à comparer la situation des raskolniks vis-à-vis de l’Église russe à celle des non-conformistes anglais vis-à-vis de l’Église anglicane. La question du raskol ne sera tranchée et la paix religieuse rendue au peuple que le jour où le stundiste et le molokane seront aussi libres que le quaker ou le baptiste en Angleterre. L’aurore de ce jour n’a pas encore lui, même pour les petits groupes de vieux-croyants admis comme tels par la loi. Ces privilégiés, on ne saurait dire qu’ils jouissent des droits nécessaires au libre exercice de leur culte. Il est un droit sans lequel la liberté religieuse reste incom-