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raskolniks, des registres spéciaux confiés à la police. Les mariages des dissidents devaient être inscrits sur la seule déclaration des conjoints et de leurs témoins, sans que l’agent de l’état civil eût à s’enquérir de la cérémonie religieuse. L’État ne mariait pas, l’État donnait aux époux acte de leur déclaration de mariage. L’intérêt social était satisfait sans que les maximes de l’Église fussent blessées ; le principe théologique que le mariage est un acte religieux restait sauf, et les alliances des dissidents jouissaient de toutes les garanties légales, alors même qu’elles n’étaient consacrées par aucune cérémonie ecclésiastique. Lors de l’enregistrement du mariage, il y avait publication des bans pendant sept jours ; le divorce ne pouvait être prononcé que par les tribunaux laïques, jugeant d’après les lois en vigueur pour les orthodoxes.

On s’était flatté d’ouvrir ainsi l’accès d’une vie conjugale régulière à tous les sectaires sans reconnaître aucune secte. Cette loi semblait un véritable bienfait pour les raskolniks : la plupart n’en ont pas voulu profiter ; les uns par défiance de la police qui tient les nouveaux registres, les autres peut-être par crainte d’aliéner leur liberté et de se priver de la faculté de divorcer librement. L’insuccès de la loi de 1874 montre combien de difficultés légales soulève le raskol. Après les avoir si longtemps molestés de toute manière, le gouvernement a peine à persuader les dissidents de son équité. Pour triompher de ces défiances séculaires, il faudrait des années de tolérance.

On a pu croire, un moment, qu’Alexandre III allait inaugurer son règne par l’émancipation des vieux-croyants. Les raskolniks ont eu la bonne fortune de voir leurs droits s’étendre à une époque où toutes les libertés des Russes étaient restreintes. Presque seuls dans l’empire, ils n’ont point eu à pâtir des sévérités inspirées au pouvoir par les attentats révolutionnaires. C’était justice. Aucune classe de la nation n’est restée plus étrangère aux complots que ces dissidents persécutés et exploités, depuis des généra-