Page:Anatole Leroy-Beaulieu - Empire des Tsars, tome 3, Hachette, 1889.djvu/507

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



CHAPITRE IX


Les sectes rationalistes ou protestantes. — Molokanes et doukhobortsy. — Leur origine et leur théologie. Singulière doctrine sur Dieu et sur l’âme. — Comment ces sectaires envisagent le pouvoir civil et la société. Tendances radicales et socialistes. — Les obchtchiie ou communistes. Application de leurs principes. — Le stundisme. Comment, des colonies allemandes du Midi, l’esprit de la réforme a pénétré chez le moujik. — Doctrines et progrès des stundistes ou évangéliques russes. — Les sabbatistes ou judaïsants. D’où proviennent-ils ? Unitaires à rites judaïques.


Skoptsy et khlysty, comme en Amérique les mormons, ont peu de droits au titre de chrétiens ; ces deux sectes sont moins des hérésies que des contrefaçons du christianisme. Le culte de l’Esprit a été, dans le peuple même, entendu d’une autre manière que celle des flagellants ou des mutilés. En voulant échapper aux superstitions du ritualisme, le moujik ne s’est point toujours jeté dans les aberrations de l’illuminisme. Les tendances réformistes, pour ainsi dire protestantes, les tendances rationalistes, sont représentées en Russie par plusieurs sectes, les unes déjà anciennes, les autres toutes récentes. Parmi les premières, il en est deux fort voisines, que l’histoire comme les doctrines lient l’une à l’autre. Ce sont les doukhobortsy ou lutteurs de l’esprit, et les molokani ou buveurs de lait, ainsi nommés parce qu’ils usent librement de laitage, les jours où cet aliment est interdit[1]. S’ils admettent le jeûne, ils disent

  1. Telle est au moins l’interprétation la plus vraisemblable de ce nom bizarre : on en a aussi cherché l’étymologie dans une petite rivière du sud de la Russie, à laquelle la couleur crayeuse de ses eaux a fait donner le nom de