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tique réelle ou supposée des sectaires ; l’Europe du moyen âge a eu aussi ses flagellants. Les adeptes de ces mystiques doctrines s’étant donné à eux-mêmes le titre de communauté du Christ ou des Christs, en russe khristovstchina, leurs adversaires en ont par dérision fait khlystovstchina. Les noms que les khlysty s’attribuent le plus fréquemment sont ceux d’hommes de Dieu (lioudi Bojii) et de société des frères et sœurs. Tandis que le clergé les a rapprochés des quakers, le peuple les désigne souvent sous le sobriquet de farmazons, c’est-à-dire de francs-maçons. Le terme générique de khlysty peut du reste s’appliquer à des mystiques de diverse sorte. On connaît mal l’origine de ces hommes de Dieu. D’après les uns, la khlystovstchine est une hérésie d’une haute antiquité ; elle serait venue aux Russes des Bulgares ou de l’Orient, avec l’orthodoxie grecque. D’après les autres, elle est née en Russie, vers le milieu du dix-septième siècle, au contact des marchands de l’Occident, qui déjà fréquentaient Moscou. Selon quelques écrivains, les khlysty se rattacheraient à un religionnaire allemand du nom de Kuilmann, arrêté comme fauteur d’hérésie sous la régente Sophie, et brûlé publiquement à Moscou, en 1689. Ce Kuilmann, dont les idées rappelaient celles de Bœhm, rejetait l’Écriture et prêchait le règne de l’Esprit, en se donnant, dit-on, pour le Christ. Ayant peu de succès parmi ses compatriotes, il se serait retourné vers les Russes et aurait fait parmi eux plusieurs prosélytes.

Les khlysty du peuple s’attribuent une origine nationale en même temps que surnaturelle. Ils ont, sur leurs premiers prophètes, un déserteur du nom de Daniel Philippovitch et un serf des Narychkine du nom d’Ivan Souslof, leur tradition, ou mieux leur évangile. Cet évangile n’a pas eu d’évangéliste ; un de leurs dogmes fondamentaux est de ne pas écrire leurs doctrines, tant pour laisser toute liberté à l’inspiration que pour dérober aux profanes les mystères de la foi et les secrets du culte. Lorsque leur dieu parut sur la terre russe, un de ses premiers préceptes