Page:Anatole Leroy-Beaulieu - Empire des Tsars, tome 3, Hachette, 1889.djvu/428

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Dieu, le même Jésus-Christ, et sont en réalité beaucoup plus près de cette Église que des sectes qui rejettent le sacerdoce. » La circulaire flétrissait les révolutionnaires, les ennemis de la religion et de la patrie, « les fils de l’impie Voltaire » ; elle déclarait en terminant que l’Église officielle et l’Église des vieux-croyants, d’accord toutes deux sur le fond des dogmes, pouvaient vivre côte à côte avec une mutuelle tolérance et fraternité chrétienne.

Un tel langage, tenu par les descendants des forcenés qui excommuniaient l’Église et l’État, montre quel progrès s’est accompli dans l’intérieur du schisme. Quelle déception pour les étrangers qui voulaient y voir le principe d’une dislocation de l’empire, et quel scandale pour les fanatiques ! Il en restait à Moscou, et les popovtsy se trouvèrent de nouveau divisés en deux partis, presque en deux sectes, les défenseurs et les adversaires de la circulaire, les okroujniki et les prolivo-okroujniki ou razdorniki[1]. Tandis que les plus éclairés des starovères montraient cette largeur de vues, un parti nombreux reprenait les plus étroites notions du schisme, ressuscitant jusqu’aux ignorantes querelles sur le nom de Jésus. Les adversaires de la libérale circulaire soutenaient que le Christ Iissous des orthodoxes ne pouvait être le même que le Christ Issous des vieux-croyants, le premier n’étant que l'Antéchrist, qui contrefaisait le nom divin du Sauveur. Un concile convoqué à la Blanche-Fontaine, en 1868, ne fil qu’envenimer ces discussions et détacher du schisme quelques-uns de ses plus notables partisans.

Depuis lors les popovtsy, les vieux-croyants proprement dits, restent scindés en trois groupes inégaux : 1° ceux, en petit nombre, qui repoussent toute la hiérarchie autrichienne, se contentant, comme par le passé, de prêtres dérobés à l’Église officielle ; 2° ceux qui reconnaissent la

  1. Voyez, sur toutes ces luttes, N. Popof : Okroujnié Poslanié Popovstchiny et surtout N. Soubbotine : Sovrémennyia Létopisi raskola et Istoriia Bélokrinitskoï iérarkhii.