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Page:Anatole Leroy-Beaulieu - Empire des Tsars, tome 3, Hachette, 1889.djvu/424

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admirablement placé, dans une province en partie ruthène, en partie roumaine, au point de jonction des trois grands empires où dominait la race slave, la Russie, l’Autriche et la Turquie. L’Autriche, inquiète des menées panslavistes attribuées au cabinet russe, ne pouvait refuser l’hospitalité à une institution qui semblait lui permettre de rendre à la Russie intrigues pour intrigues. Après s’être vu tour à tour éloigné et rappelé, interné et remis en liberté, selon les relations des deux empires, le métropolite de la Blanche-Fontaine finit par siéger tranquillement sur la frontière russe. L’autorité de Bélokrinitsa avait été aisément acceptée des vieux-croyants d’Autriche et de Turquie, fiers de posséder la tête de la hiérarchie du schisme. En Russie, la reconnaissance du nouveau pontife présenta plus de difficultés. Quelques sectaires ne voulurent pas se soumettre à un prêtre étranger, qu’en leur naïve ignorance ils appelaient un pope d’outre-mer. Les chefs du schisme et le plus grand nombre de ses adhérents hésitèrent peu ; une réunion des anciens au cimetière de Rogojski reconnut le métropolite de Fontana-Alba. Les meneurs du raskol ne regrettèrent probablement pas d’avoir un patriarche en dehors du territoire national, c’est-à-dire hors de la portée de l’autorité civile. Ils cédaient, à leur insu, à un penchant d’indépendance. Mettre à l’étranger la tête de leur Église, c’était la rendre invulnérable[1].

L’autorité du nouveau métropolite reconnue, les vieux-croyants procédèrent à la création de toute une hiérarchie. Du fond d’un obscur couvent de la Bukovine, un moine mitré, sans nom et sans réputation, partagea les États de

  1. Les vieux-croyants ont également recouru à l’étranger pour la publication de leurs livres. C’est ainsi que dans leur couvent de Saint-Nicolas, dit de Manuelos, en Roumanie ; ils ont réimprimé les principaux classiques du schisme, tels que les Réponses d’André Denissof, et le Zitimenos, apologie du signe de croix à deux doigts, d’Alexis Rodionof. Ces éditions se distinguent autant par la pureté du texte que par le luxe typographique. Ailleurs, à Kolomna, en Galicie, ils avaient publié un journal : le Staroobriadets (Vieux-Ritualiste).