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Page:Anatole Leroy-Beaulieu - Empire des Tsars, tome 3, Hachette, 1889.djvu/411

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sorte d’artel spirituelle ou de confrérie, ayant ses chefs propres, son centre de réunion, ses statuts ou ses coutumes. Pour l’homme du peuple, c’est même là, on l’a mainte fois constaté, un des principaux attraits des sectes.


Des deux grandes branches du schisme, la popovstchine est celle dont la constitution en Église était le plus facile. Le maintien du sacerdoce, en retenant les vieux-croyants hiérarchiques dans l’enceinte dogmatique de l’orthodoxie, rendait chez eux les sectes plus rares et l’unité plus aisée. Pour les popovtsy, les conditions de l’admission des popes étaient la principale, presque l’unique occasion de dissentiment et de schisme intérieur. Sans évêque pour leur consacrer des prêtres, les vieux-croyants étaient dans la situation où se seraient trouvés les vieux-catholiques de Suisse et d’Allemagne sans le secours de la petite Église janséniste d’Utrecht. Tout leur clergé était nécessairement composé de transfuges de l’Église officielle, ce qui valut à la secte l’injurieux sobriquet de béglopopovstchine ou communauté des prêtres en fuite. Avant de les admettre comme pasteurs, les vieux-croyants obligeaient les popes orthodoxes à une humiliante abjuration, ils leur faisaient subir une sorte de purification ou de pénitence. Dans les premiers temps, on les rebaptisait à leur entrée dans le schisme, et, de peur de leur enlever les pouvoirs de l’ordination en les dépouillant des insignes du sacerdoce, certaines communautés les plongeaient dans l’eau avec leurs vêtements sacerdotaux. Quelque condition qu’ils missent à la réception de leurs popes, les vieux-croyants ne pouvaient avoir grand respect pour des prêtres d’ordinaire chassés de l’Église orthodoxe ou attirés au schisme par la cupidité. Le plus souvent, les dissidents rétribuaient grassement leur clergé et le tenaient en peu d’estime.

Chez les vieux-croyants qui ont conservé un sacerdoce, le prêtre est ainsi devenu une sorte d’employé mercenaire,