Page:Anatole Leroy-Beaulieu - Empire des Tsars, tome 3, Hachette, 1889.djvu/388

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


d’hui inférieur à la vérité. Le nombre des vieux-croyants augmente chaque année, par le seul fait de l'excédent des naissances sur les décès : on a remarqué qu’à cet égard les raskolniks l’emportent, d’ordinaire, sur les orthodoxes. Puis, aux vieux-ritualistes avérés, qui refusent de prendre part aux offices et aux sacrements de l’Église, il faut ajouter les dissidents timides ou honteux, qui, pour échapper aux vexations du clergé ou de la police, continuent à recevoir l’eucharistie des mains du pope, sauf à communier en cachette suivant leurs propres rites. Il y a, encore aujourd’hui, beaucoup de ces « non résistants », ainsi que les appellent leurs coreligionnaires. On ne saurait guère évaluer le nombre des raskolniks de toute sorte à moins de 12 ou 15 millions. Sur ce chiffre, près d’une moitié semble revenir aux popovtsy, à la branche du schisme qui conserve un clergé ; le reste se partage entre les « sans-prêtres » et les sectes mystiques ou rationalistes. S’il est difficile de déterminer le nombre total des dissidents, il l’est plus encore de fixer celui des adhérents des diverses sectes.

Le nombre des raskolniks ne peut, du reste, donner une juste idée de l’importance du raskol. Il n’en est point du schisme russe comme de la plupart des religions établies, l’influence n’en saurait être mesurée à un chiffre. Le raskol n’existe pas seulement à l’état d’Église, de confession adoptée par tant ou tant de millions d’âmes ; c’est souvent une simple tendance, comme une pente vers laquelle inclinent beaucoup d’hommes demeurés dans l’orthodoxie officielle. La force du raskol est peut-être moins dans les adeptes qui le professent ouvertement que dans les masses qui sympathisent sourdement avec lui. Cette sympathie s’explique quand on songe que le vieux-ritualisme est sorti spontanément du fond du peuple, qu’il est le produit aussi bien que la glorification des mœurs et des notions populaires. Au lieu de les avoir en répulsion comme des rebelles et des hérétiques, le paysan ou l’ouvrier, demeuré dans l’enceinte de l’Église, regarde souvent les vieux-