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Page:Anatole Leroy-Beaulieu - Empire des Tsars, tome 3, Hachette, 1889.djvu/376

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des utopies modernes. Sans tomber en de tels excès, la plupart des théologiens de la bezpopovstchine, en maintenant la prohibition du mariage, proclament les plus étranges maximes. A leurs yeux, la débauche, qui n’est qu’une faiblesse accidentelle, est un moindre péché que le mariage, qui, proscrit par la foi, devient une sorte d’apostasie. Se faisant une morale à rebours, à l’état conjugal ils préfèrent le concubinage, à ce dernier le libertinage. « Mieux vaut, dit dans son cynique langage un de leurs plus sévères docteurs[1], mieux vaut vivre avec une bête qu’avec une jolie fille, mieux vaut hanter différentes femmes en secret que d’habiter avec une seule publiquement. » Voilà où en sont venus les plus scrupuleux défenseurs des vieux rites. Emportant avec eux quelques anciennes cérémonies, ils sont sortis non seulement de la morale chrétienne, mais de la morale naturelle. Ces sectes, déjà en lutte avec l’État et la civilisation moderne, en arrivent à nier le principe même de la société.


Les plus fanatiques des hommes ne peuvent en venir à de telles conclusions sans en être effrayés. En renversant tout le culte et la morale du christianisme, les bezpopovtsy ont besoin de s’en justifier eux-mêmes. — Le Christ a délaissé l’Église et l’humanité. Comment a-t-il pu les frustrer des sacrements et des moyens de salut qu’il leur avait légués ? Comment a-t-il laissé la main des impies rompre les liens qu’il avait noués entre l’homme et Dieu ? — A cette terrible énigme il n’y a qu’une explication. Cette chute du sacerdoce et de l’Église, ce triomphe de l’iniquité et du mensonge ont été prédits par les prophètes. C’est l’heure marquée dans l’Écriture où les saints mêmes seront ébranlés, où Dieu semblera livrer ses enfants à l’adversaire. L’Église sans prêtres est l’Église veuve

  1. Kovyline, cité par N. Popof, Chto takoé sovrémennoé staroobriadtchestvo v Rossii, p. 34.