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Page:Anatole Leroy-Beaulieu - Empire des Tsars, tome 3, Hachette, 1889.djvu/353

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CHAPITRE II


Origine et caractère du raskol : ses causes politiques. Le schisme est une réaction contre les réformes de Pierre le Grand et de ses successeurs. Du raskol comme protestation des Vieux-Russes ; il personnifie la résistance aux formes de l’État moderne. — Les innovations de Pierre le Grand données comme un signe de la fin du monde. L’empereur regardé comme l’antéchrist. L’ère de Satan. — Condamnation de tous les usages postérieurs à Nikone et à Pierre le Grand. Lutte avec l’État pour le port de la barbe. — Le raskol et les revendications populaires contre le servage et le despotisme bureaucratique.


Sorti d’une rébellion du formalisme moscovite contre la correction des livres d’Église, le raskol a reçu, de la réforme européenne de Pierre le Grand, une vigueur nouvelle et une portée plus haute. Les adversaires des changements liturgiques introduits par le patriarche Nikone se sont grossis des adversaires des changements politiques introduits par Pierre et ses successeurs. Le schisme est devenu une protestation nationale contre l’imitation de l’étranger, une protestation populaire contre la constitution de la Russie en État moderne. Le starovère, le vieux-croyant, a personnifié l’opposition de la Russie byzantine aux mœurs nouvelles et aux importations occidentales.

Pierre le Grand fut, malgré lui, le second promoteur du schisme. Il est difficile aujourd’hui de se représenter l’impression faite par Pierre Ier sur ses sujets. Ce ne fut pas seulement de l’étonnement, de la stupéfaction, ce fut du scandale. Les coutumes, les traditions, les préjugés de la nation étaient attaqués ouvertement, systématiquement et parfois avec une sorte de brutalité. Le réformateur ne s’en prenait pas uniquement aux institutions civiles, il touchait à l’Église, il pénétrait dans la maison, réglementant à son