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Page:Anatole Leroy-Beaulieu - Empire des Tsars, tome 3, Hachette, 1889.djvu/332

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d’hui le moine et le pope. Ce n’est pas à dire que le prêtre orthodoxe ait toujours été tenu d’opter entre le mariage et le couvent. Il y a déjà eu, en Russie, quelques exemples d’hommes admis au sacerdoce sans être mariés et sans être moines. Il pourrait y en avoir davantage, mais de tels prêtres, placés en dehors des autres par le célibat, ne serviraient point à relever le clergé marié.

Le célibat facultatif ne saurait demeurer qu’une exception, à moins qu’il ne préparât le célibat obligatoire, dont aucun Russe, aucun orthodoxe ne souhaite l’établissement. L’abrogation de l’usage qui n’admet à l’ordination que des hommes mariés serait un pas vers le catholicisme ; l’abandon de la discipline qui refuse le mariage au prêtre ordonné serait un pas vers le protestantisme. Cette dernière révolution, peut-être plus conforme aux tendances de l’esprit public, rencontre deux obstacles : à l’extérieur le besoin d’union avec les autres pays orthodoxes, à l’intérieur la crainte du raskol et l’attachement du peuple aux traditions. Les mêmes barrières s’opposent à une autre innovation réclamée par certains esprits, au second mariage des popes. Le prêtre veuf ne peut convoler à d’autres noces ; lui ouvrir l’accès d’un second mariage serait encore violer les canons et aller même contre certains textes de l’Écriture. Si jamais le courant de l’esprit public emporte l’Église russe au delà de ces règles traditionnelles, le moment en est encore éloigné ; et, comme en religion de telles réformes vont rarement seules, l’orthodoxie sera, ce jour-là, sortie de sa voie séculaire. Ce que rien n’interdit, ce que l’on commence à mettre en pratique, c’est de laisser le pope veuf à l’exercice de ses fonctions. Il n’en était pas ainsi autrefois. Après de longues disputes, le concile de Moscou de 1503 avait interdit aux prêtres et aux diacres veufs d’officier. Tout ce qu’on leur permettait, c’était de se tenir dans le chœur en habits sacerdotaux et de chanter vêpres et matines. Naguère encore, le prêtre perdait sa cure en perdant sa compagne ; d’ordinaire il se retirait au