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meilleure mesure de la valeur d’un clergé : c’est par là que le pope russe était le plus au-dessous des prêtres ou des pasteurs de l'Occident. Cette infériorité n’était pas seulement l’une des causes du peu d’ascendant du clergé, c’était un des motifs pour lesquels la religion n’avait point sur le peuple l’influence moralisatrice qu’eût dû lui assurer la piété populaire.


La situation matérielle du clergé paroissial a été améliorée, sa position sociale relevée ; à ses membres on a ouvert, au profit de l’instruction nationale, de nouvelles branches d’activité ; peut-on faire davantage ? peut-on ouvrir au pope l’accès des dignités ecclésiastiques, jusqu’ici réservées au moine ? Quelques Russes le pensent. Pour cela, il faudrait renverser la barrière qui sépare le prêtre de l’épiscopat, ce qui ne peut se faire que de deux manières : en permettant le célibat au pope ou en permettant le mariage à l’évêque. A ces deux innovations s’opposent de sérieuses difficultés. Il semble aisé de rendre, pour le clergé blanc, le mariage facultatif et non obligatoire : avec la discipline de l’Église orientale, ce n’est qu’une apparence. D’après la loi établie par la tradition, l’homme marié peut être admis au sacerdoce, le prêtre déjà consacre ne l’est point au mariage. L’ordination devant suivre et ne pouvant précéder, les clercs qui ne veulent pas faire vœu de célibat doivent recevoir la bénédiction nuptiale avant la consécration sacerdotale. De là l’usage, au premier abord étrange, de ne conférer le sacrement de l’ordre qu’aux clercs unis à une femme. C’est que, s’il n’est marié avant d’être ordonné, le prêtre ne le sera jamais. Tant que la discipline en vigueur dans tous les pays orthodoxes ne sera point abrogée, le célibat facultatif ne pourra faire disparaître la distance qui sépare les deux clergés ; tout au plus en créerait-il un troisième intermédiaire. Il y aurait alors, dans le clergé paroissial, deux catégories de prêtres presque aussi séparés, par leur genre de vie, qu’aujour-