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populaire n’en a pas moins été agitée jusqu’au sein des assemblées provinciales. En quelques districts, les zemstvos ont eu assez de confiance dans le clergé pour lui remettre spontanément leurs écoles, en continuant à les subventionner de leurs deniers. Le plus souvent, le zemstvo a conservé ses propres écoles, en y faisant une plus grande place aux matières religieuses, spécialement à l’étude du slavon ecclésiastique et des livres liturgiques ; c’était le meilleur moyen de gagner la confiance du peuple à l’enseignement laïque[1].

Si les écoles du zemstvo sont généralement demeurées indépendantes du clergé, il n’en est pas de même des petites écoles villageoises, dites écoles de lecture et d’écriture (gramotnost), où l’enseignement était donné par des paysans, d’anciens soldats ou des employés en retraite, dont le plus clair du traitement était d’être nourris par les parents de leurs élèves. Toutes ces chétives écoles « paysannes », l’empereur Alexandre III les a placées sous la direction des autorités ecclésiastiques. Comment s’en étonner, alors qu’en France, au lendemain de la révolution de 1848, M. Thiers voulait abandonner tout l’enseignement primaire aux frères et aux curés[2]. Il est vrai que l’Église russe est loin d’avoir pour l’enseignement la même passion et les mêmes ressources que l’Église catholique. Pour que le récent essor des écoles paroissiales se soutienne et que le règne d’Alexandre III ne revoie pas les déceptions du règne d’Alexandre II, il faut que les habitudes du clergé changent singulièrement. Naguère encore il montrait si peu de souci de l’instruction du peuple qu’il ne se donnait même pas toujours la peine de lui apprendre le catéchisme. Les zemstvos avaient beau rétribuer le prêtre pour enseigner à l’école la loi de Dieu, ainsi que disent les Russes, nombre de popes négligeaient ce premier devoir de leurs

  1. Vestnik Evropy ; mars 1885, p. 389.
  2. Voyez H. de Lacombe ; Débats de la Commission de 1849, sur la loi d’enseignement.