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légions d’athées et de socialistes. Parmi les apôtres du nihilisme et les fabricants de bombes se sont distingués des fils et des filles de l’Église[1]. Y a-t-il en Russie une classe de mécontents naturels, une classe révolutionnaire par origine, rêvant par situation le renversement de l’ordre social, elle se recrule, pour une bonne part, parmi les fils de prêtres. Dans ce pays, où il y a encore peu de prolétariat ouvrier, ils contribuent à former une sorte de prolétariat intellectuel. Parmi eux se rencontrent à la fois des déclassés et des parvenus, animés d’une même antipathie contre les anciennes supériorités de naissance ou de fortune. A ces fils de popes, nombreux dans l’administration inférieure, remontait, en partie, l’esprit radical, niveleur, souvent reproché à la bureaucratie comme à la presse russes.


L’État et l’Église ont un intérêt manifeste à relever la situation du clergé. Le gouvernement impérial l’a dès longtemps compris. D’Alexandre Ier à Alexandre III il n’est pas un souverain qui ne s’en soit occupé. C’est une de ces questions qui, à chaque règne, reviennent à l’ordre du jour. L’empereur Alexandre II avait montré le prix qu’il attachait à cette œuvre en suivant, pour elle, une marche analogue à celle qu’il avait adoptée pour l’affranchissement des paysans. C’était une autre émancipation qui avait tenté le libérateur des serfs. Dès 1862 il avait formé, dans ce dessein, une commission composée de membres du Saint-Synode et de hauts fonctionnaires. Pour faciliter les travaux, on avait créé un comité dans chaque diocèse. Ces études, poursuivies durant tout le règne du tsar libérateur et reprises sous son successeur, n’ont pas produit tout ce qu’on en avait espéré ; elles n’ont pas cependant été sans résultats.

Pour accroître les ressources des ministres de l’autel sans augmenter les charges de l’État ou des fidèles, on

  1. Voy. t. II, liv. VI, chap. i, p. 532, 533 (2e édit.).