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que d’ignorantes filles de paysan ou d’artisan. En Angleterre même, le pays où la situation sociale du clergé est le plus relevée, il fut un temps où les country clergymen ne trouvaient à épouser que des servantes[1].

Après la femme viennent les enfants du pope. Filles et garçons ne peuvent tous demeurer dans la classe sacerdotale. Aujourd’hui qu’on leur en a facilité la sortie, un grand nombre des jeunes gens élevés à l'ombre de l’autel ne veulent pas entrer dans une carrière dont ils ont de trop près aperçu les souffrances. Au sortir du séminaire ou de l’académie, beaucoup détournent la tête du calice que leur présente l’Église. A ces fils du clergé qui rejettent le froc et la soutane, la vie n’offre pourtant que d’assez sombres perspectives. Leur éducation les met en dehors du monde de l’artisan ou du paysan, et, dans les professions libérales, la route leur est barrée par la pauvreté, par le manque de relations, par les préjugés sociaux, peu favorables aux gens de leur classe. Ce triple obstacle en retient la majorité dans les emplois inférieurs de la bureaucratie. A force de ténacité cependant, un assez grand nombre de fils de prêtres, de séminaristes, comme on les appelle en Russie, parviennent à un rang honorable. Il s’en rencontre dans presque toutes les carrières, dans celles surtout qui demandent du savoir et du travail, dans le professoral, dans la médecine, dans la presse, dans le barreau, parfois même dans les affaires et dans l’armée. Ils ont, pour stimuler leur ambition, l’exemple de Spéranski, le conseiller d’Alexandre Ier et de Nicolas, qui s’éleva des bancs de l’académie ecclésiastique aux plus hautes dignités de l'empire.

On a remarqué, dans les pays protestants, que d’aucune classe de la société il ne sort autant d’hommes distingués, autant de savants surtout, que des familles de pasteurs. Cela se comprend, ces fils de pasteurs tiennent de leur éducation deux grands éléments de supériorité, l’instruc-

  1. Macaulay : History of England, I, 323, 324 (Tauchnitz).