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Page:Anatole Leroy-Beaulieu - Empire des Tsars, tome 3, Hachette, 1889.djvu/307

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chapitres de dépenses, la nourriture, le vêtement, la toilette de la femme et des filles, la pension des fils au séminaire, formaient, pour sept ou huit personnes, un total d’environ 600 roubles. Aujourd’hui encore, les recettes demeurent souvent bien en deçà. Pour mettre ce maigre budget en équilibre, le pope anonyme supprimait un à un tous les objets de luxe, le sucre, le thé, puis la viande et la farine de froment, puis l’entretien de la vache. Avec des retranchements sur la nourriture et sur l’éducation des enfants, il en venait à un minimum irréductible de 407 roubles pour toute une famille, obligée à une existence décente. La vie a renchéri depuis lors, et nombre de popes touchent encore à peine ces 400 roubles. Nos pauvres curés français vivent avec aussi peu ; mais ils n’ont ni femme à entretenir ni enfants à élever.

Le malaise matériel et moral d’une telle situation retombait sur la famille du prêtre et dégradait en elle la profession sacerdotale. Jetons un coup d’œil sur les différents membres de cette famille. C’est, d’abord, la femme du prêtre, la popesse. Il en est qui ont une grande influence dans le presbytère, car c’est souvent par elle que le pope a obtenu sa cure. « Heureuse comme une popesse », dit-on parfois, par allusion aux soins qui doivent entourer une femme qu’on ne peut remplacer[1]. Triste bonheur souvent ! Si le pope a encore quelques bons jours, quelques honneurs ou quelques réjouissances, la popesse y a rarement part. Son éducation et le poids des soins domestiques lui permettent encore moins de seconder le prêtre dans les travaux de son ministère, dans les œuvres de piété et de charité. Entre elle et lui se voit rarement cette sorte de coopération religieuse qui se rencontre souvent parmi les ménages de pasteurs protestants, où la femme, se faisant l’associée de son mari, en double les forces et les facultés.

  1. « Il n’y a de dernier (d’unique) que la femme du pope (posledniaia ou popa jinka) », dit un proverbe, par allusion au veuvage perpétuel du prêtre.