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Page:Anatole Leroy-Beaulieu - Empire des Tsars, tome 3, Hachette, 1889.djvu/297

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d’usage, on les dispense du chant des prières. Dans les campagnes, ces tournées périodiques donnent quelquefois lieu à des scènes bizarres ; on voit des paysans fermer leurs cabanes et prendre la fuite à rapproche du pope, au risque d’être poursuivis par les femmes ou les enfants du clergé. Pour mettre fin à leurs importunilés, le synode a dû défendre aux popesses et à leurs enfants d’accompagner leurs maris dans ces quêtes à domicile. D’autres fois, le paysan refuse l’offrande habituelle, et alors s’engagent, entre le prêtre et lui, des discussions plus dignes de la foire que de l’Église. J’ai entendu raconter qu’un pope, las de réclamer le salaire des prières qu’il venait de réciter, imagina de retirer les bénédictions qu’on ne voulait point lui payer pour les remplacer par des imprécations. La superstition triompha de l’avarice du paysan, effrayé des malédictions du prêtre comme des sortilèges d’un magicien.

Ces tournées paroissiales, qui se répètent plusieurs fois par an, sont une des causes de la déconsidération du clergé, moins pour cette sorte de mendicité solennelle que pour les circonstances qui l’accompagnent. En de telles visites, le clergé, celui des campagnes surtout, est souvent victime d’une qualité nationale, de l’hospitalité russe, qui garde encore quelque chose de primitif. Il n’est si pauvre moujik qui n’offre, en ces jours de fête, un verre de vodka à son curé ; le moins généreux se blesse si le prêtre ne boit chez lui. Un refus est, par la plupart des paysans, considéré comme un outrage ; le prêtre est alors un orgueilleux qui méprise le pauvre monde. Les paysans se vengent en lui refusant leurs services pour la culture de son champ. Le plus prudent est de se soumettre, et l’honneur accordé à l’un ne se peut dénier à l’autre. Le clergé s’en va ainsi, d’izba en izba, en habits sacerdotaux et portant la croix, distribuant partout ses bénédictions et recevant en échange un verre d’eau-de-vie et quelques kopeks. Les suites sont aisées à deviner. A la fin de la journée, le prêtre est facile-